1Carte mentale : ne pas confondre les dispositifs
Un bon candidat distingue les finalités, tout en montrant comment les dispositifs coopèrent.
Connaître le client, vérifier son identité, comprendre la relation et maintenir les données à jour.
Évaluer et réduire le risque de blanchiment et de financement du terrorisme, puis détecter les anomalies.
Vérifier les listes et empêcher la mise à disposition de fonds à des personnes ou entités désignées.
Protéger le client et la banque contre un acte trompeur. Une fraude peut aussi devenir un sujet AML.
2KYC approfondi : les six blocs de connaissance client
Le KYC répond à trois questions : qui, pour quoi, avec quels flux attendus.
1. Identification
Nom, prénom, naissance, nationalité, adresse, activité, coordonnées. Pour une personne morale : forme juridique, siège, immatriculation, activité, dirigeants.
2. Vérification
Corroborer avec des documents ou sources fiables et indépendantes. Contrôler validité, authenticité apparente, cohérence et correspondance avec la personne.
3. Bénéficiaire effectif
Remonter jusqu’aux personnes physiques qui possèdent ou contrôlent réellement la structure. Ne pas s’arrêter à une holding intermédiaire.
4. Objet de la relation
Compte courant, épargne, crédit, paiement, assurance, encaissement commercial… Comprendre l’usage attendu et la logique économique.
5. Profil de risque
Combiner facteurs client, pays, produit, canal et transactions. Le score outille la décision ; il ne remplace pas le jugement.
6. Actualisation
Revue périodique selon le risque et revue événementielle : document expiré, changement de dirigeant, activité nouvelle, comportement inhabituel.
Personne physique : données typiques
| Donnée | Pourquoi | Exemple de preuve | Point de contrôle |
|---|---|---|---|
| Identité | Établir qui contracte | Pièce d’identité recevable | Validité, photo, données, altération |
| Domicile / résidence fiscale | Risque géographique et obligations fiscales | Justificatif, auto-certification | Cohérence avec IP, téléphone, flux |
| Profession / revenus | Comprendre la capacité financière | Bulletin, avis fiscal, contrat | Cohérence avec opérations attendues |
| Objet et nature | Définir le comportement attendu | Questionnaire, échange documenté | Produits et volumes adaptés |
| Origine des fonds | Expliquer une somme précise | Acte de vente, relevé, succession | Traçabilité du flux |
| Origine du patrimoine | Expliquer l’accumulation globale | Carrière, entreprise, héritage | Plausibilité économique dans le temps |
Personne morale : documents et questions
Données juridiques
Existence légale, statuts, immatriculation, siège, représentants habilités, pouvoirs, activité déclarée, licences éventuelles.
Données économiques
Chiffre d’affaires, pays d’activité, clients et fournisseurs majeurs, volumes attendus, motifs des paiements transfrontaliers, source des fonds.
Question d’entretien : « Peut-on ouvrir un compte avec un document expiré ? »
Réponse solide : je ne réduirais pas la question à oui/non sans connaître le cadre de l’établissement et les moyens de vérification autorisés. Le point clé est que l’identité doit être vérifiée par des éléments recevables, fiables et à jour. Si la preuve fournie n’est plus acceptable, l’entrée en relation doit être suspendue jusqu’à obtention d’un justificatif valide ou d’une méthode alternative conforme. Un document expiré n’est pas, à lui seul, une preuve de blanchiment.
3Approche fondée sur les risques
La conformité n’applique pas la même intensité à tous. Elle adapte les diligences au risque inhérent, aux contrôles et au risque résiduel.
Facteurs client
PPE, activité intensive en espèces, structure opaque, réputation négative, incohérences, non-résidence, intermédiaires.
Facteurs géographiques
Pays à haut risque, sanctions, corruption élevée, conflit, faible transparence, flux sans logique avec l’activité.
Produits et services
Transfrontalier, espèces, banque privée, correspondance bancaire, crypto-actifs, produits favorisant vitesse ou complexité.
Canal
À distance, apporteur, chaîne d’intermédiaires, identité difficile à relier au bénéficiaire réel.
Transactions
Montants, fréquence, vélocité, contreparties, fractionnement, aller-retour, comptes de passage.
Qualité des données
Dossier incomplet, données anciennes, doublons, source non fiable, impossibilité de reconstituer la chaîne de contrôle.
Trois niveaux de vigilance
| Niveau | Quand | Mesures | Erreur à éviter |
|---|---|---|---|
| Allégée | Risque effectivement faible et conditions remplies | Intensité réduite, mais identification et surveillance adaptées subsistent | Confondre allégée et absence de contrôle |
| Standard | Client et usage ordinaires | Identification, vérification, objet, profil, surveillance | Traiter le dossier comme figé |
| Renforcée | Risque élevé ou situation imposant des mesures complémentaires | Informations supplémentaires, validation hiérarchique, origine des fonds/patrimoine, monitoring accru | Assimiler risque élevé à culpabilité |
4Personnes politiquement exposées (PPE / PEP)
Une PPE présente un risque accru d’exposition à la corruption, pas une présomption de criminalité.
Ce que l’on cherche
Fonction publique importante, période d’exercice, pays, proches et personnes étroitement associées selon le cadre applicable, réputation et liens économiques.
Mesures renforcées typiques
Validation à un niveau approprié, compréhension de la source du patrimoine et des fonds, surveillance renforcée, revue plus fréquente.
Mini-cas : un ancien ministre veut ouvrir un compte patrimonial
Raisonnement : confirmer le statut PPE et la période concernée ; comprendre le besoin ; vérifier patrimoine et fonds ; effectuer les filtrages requis ; rechercher d’éventuelles informations défavorables de manière proportionnée ; obtenir l’approbation requise ; définir des scénarios de surveillance ; documenter la décision.
5Bénéficiaire effectif : remonter à la personne physique
Le bénéficiaire effectif n’est pas forcément le dirigeant officiel ni l’actionnaire direct.
En France, pour une société, le Code monétaire et financier vise notamment la personne physique qui détient directement ou indirectement plus de 25 % du capital ou des droits de vote, ou exerce un contrôle par un autre moyen. Le mécanisme de repli vers le représentant légal ne dispense pas de documenter les recherches et n’est pas approprié lorsqu’un soupçon existe.
1. Cartographier
Construire l’organigramme capitalistique avec pourcentages, droits de vote et juridictions.
2. Calculer
Multiplier les détentions indirectes et examiner les pactes ou droits de contrôle.
3. Corroborer
Comparer déclarations, registres, statuts, documents de groupe et sources indépendantes.
6Surveillance des opérations : comparer le réel à l’attendu
Le monitoring transactionnel recherche des écarts significatifs, pas seulement des montants élevés.
Règles
Seuils, fréquence, pays, contreparties, structuration, espèces, activité soudaine.
Scénarios comportementaux
Comparer au profil historique du client et à des groupes comparables.
Modèles
Détection d’anomalies ou priorisation, avec explicabilité, validation, suivi des dérives et contrôle humain.
Exemples de typologies
| Signal | Pourquoi il interpelle | Questions d’investigation |
|---|---|---|
| Fractionnement | Plusieurs opérations sous un seuil ou rapprochées | Existe-t-il une raison opérationnelle ? Qui initie ? Quelle destination finale ? |
| Compte de passage | Entrées suivies de sorties rapides, solde faible | Le compte sert-il l’activité déclarée ? Qui sont les contreparties ? |
| Rupture de profil | Montants ou pays nouveaux | Événement de vie, nouveau contrat, vente d’actif ou explication insuffisante ? |
| Aller-retour | Fonds revenant à l’origine via intermédiaires | Quelle substance économique ? Les parties sont-elles liées ? |
| Flux tiers | Paiements provenant de personnes sans lien apparent | Mandat, relation commerciale, collecte pour compte de tiers ? |
| Espèces inhabituelles | Difficiles à tracer et incohérentes avec l’activité | Activité réellement cash-intensive ? Preuves de ventes ? Saisonnalité ? |
7Investigation : transformer une alerte en décision argumentée
Méthode « Faits → Écarts → Explications → Conclusion »
8Escalade et déclaration de soupçon
La décision ne repose pas sur une « preuve pénale », mais sur un soupçon étayé par des faits et une analyse.
Contenu utile
Identification, connaissance du client et bénéficiaire effectif, opérations concernées, chronologie, analyse, raisons du soupçon et pièces pertinentes.
Temporalité
En principe avant l’opération lorsqu’elle n’est pas exécutée, afin de permettre l’exercice éventuel du droit d’opposition ; certains cas permettent une déclaration après exécution, sans délai.
9Risques, conformité et organisation bancaire
1re ligne
Métiers et opérations. Collectent, vérifient, comprennent le client, appliquent les contrôles et remontent les anomalies.
2e ligne
Conformité / risques. Définit le cadre, conseille, contrôle, challenge, pilote les alertes et supervise le risque.
3e ligne
Audit interne. Évalue indépendamment la conception et l’efficacité du dispositif.
Risques liés à un dispositif déficient
Sanctions, injonctions, remédiation.
Perte de confiance et couverture médiatique.
Amendes, pertes de clients, coûts de correction.
Backlogs, faux positifs, erreurs, délais d’onboarding.
Indicateurs utiles pour un projet de transformation
| Dimension | KPI | Pourquoi |
|---|---|---|
| Onboarding | Taux de dossiers complets au premier passage | Mesure la clarté du parcours et la qualité de collecte |
| Délai | Temps médian d’entrée en relation par niveau de risque | Évite de masquer les cas complexes dans une moyenne globale |
| Qualité | Taux d’erreur / réouverture / données expirées | Indique la robustesse des contrôles |
| Monitoring | Alertes pour 1 000 clients, taux de clôture, âge du backlog | Mesure volume, efficacité et risque opérationnel |
| Détection | Part d’alertes menant à escalade, sans viser artificiellement un quota | Aide à calibrer les scénarios sans transformer le KPI en objectif de soupçon |
| Expérience | Abandon, demandes répétées, satisfaction | Réduit la friction sans affaiblir la conformité |
10Simulateur pédagogique de risque client
Choisissez les facteurs. Le résultat illustre une logique de classification ; ce n’est ni une méthodologie réglementaire ni un score utilisable en production.
11Laboratoire : cinq cas crédibles d’entrée en relation
Pour chaque cas, formulez : données, risque, contrôle, décision, intervention humaine et piste d’audit.
12Quiz de validation
Répondez sans regarder le cours. Le score est sauvegardé dans votre navigateur.
13Flashcards essentielles
Cliquez sur la carte pour afficher la réponse.
14Réussir l’entretien : réponses et questions de recruteur
« Quelle est la différence entre KYC et AML ? »
« Que faites-vous face à une transaction incohérente ? »
« Comment concilier conformité et expérience client ? »
« Quel rôle l’IA peut-elle jouer en KYC/AML ? »
Structure de réponse en 60 secondes
Questions difficiles à préparer
Métier
Pourquoi une PPE n’est-elle pas automatiquement refusée ?
Comment distinguer source des fonds et source du patrimoine ?
Quand actualiser un dossier hors revue périodique ?
Transformation
Comment réduire les faux positifs ?
Quels KPI sans créer de mauvais comportements ?
Que faire si les données KYC sont dispersées dans plusieurs SI ?
15Plan de maîtrise en sept jours
| Jour | Travail | Livrable personnel |
|---|---|---|
| 1 | KYC, CDD, bénéficiaire effectif, objet de la relation | Schéma d’onboarding d’une page |
| 2 | Approche par les risques et vigilance | Matrice client/pays/produit/canal |
| 3 | PPE, sanctions, fraude et différences | Tableau comparatif |
| 4 | Surveillance, typologies et investigation | Analyse écrite du cas « transaction incohérente » |
| 5 | Déclaration, gouvernance, confidentialité | RACI simplifié front/KYC/AML/conformité |
| 6 | Refaire les cinq cas sans correction | Dossier de décisions et pistes d’audit |
| 7 | Quiz, flashcards et simulation orale | Réponses de 60 secondes enregistrées |
16Références officielles et limites
Cette page est pédagogique et ne remplace ni les procédures internes d’un établissement ni un avis juridique. Les règles précises dépendent du secteur, du produit, du client et de la date d’application des textes.
- ACPR — Réglementation en matière de LCB-FT
- ACPR — Identification, vérification de l’identité et connaissance de la clientèle
- ACPR / Tracfin — Vigilance sur les opérations et déclaration
- Tracfin — Obligations de vigilance
- Tracfin — Quand et comment déclarer un soupçon
- Légifrance — Code monétaire et financier, bénéficiaires effectifs
- EBA — Guidelines on ML/TF risk factors
- EUR-Lex — Règlement (UE) 2024/1624